Veille financière mensuelle de la République démocratique du Congo
Tableau de bord économique, indicateurs clés et analyse des principales évolutions financières et institutionnelles.
Édition n° 2
Période de référence : 1er-31 juillet 2026
Publié le 7 août 2026
Document original · 2 pages
Conclusion
Amélioration modeste, assortie d’une complication non résolue. La détente monétaire s’est poursuivie avec un taux directeur ramené à 12,5 %, le collectif budgétaire a été adopté, et l’admission de la CENAREF au Groupe Egmont renforce le dossier d’un retrait de la liste grise du GAFI en octobre. En contrepartie, les réserves internationales ont reculé de 548 millions USD sur juillet sans explication officielle, une interdiction d’exporter les concentrés de cuivre et de cobalt a accru le risque d’exécution de la politique minière, et la situation sécuritaire dans l’Est demeure inchangée.
Tableau de bord
Les notes sont des jugements d’analyste sur 10, où 10 représente la situation la plus favorable. Les tendances sont comparées à l’édition du 8 juillet 2026.
Croissance économique
7 / 10La BCC projette 5,7 % pour 2026, à parité avec 2025 ; le FMI prévoit plus de 5,5 %. Le chiffre divergent de 4,8 % de Radio Okapi n’est pas retenu.
Inflation
7 / 102,9 % en glissement annuel au deuxième trimestre, contre 2,2 % au premier ; le cumul a atteint 4,8 % à fin juin. Le rythme hebdomadaire s’est détendu à 0,18 %, mais la tendance s’est inversée.
Stabilité budgétaire
7 / 10Collectif budgétaire adopté à 21,9 milliards USD (-7,4 %) ; recettes propres en hausse de 6,9 %, compensant un recul de 42 % des ressources extérieures.
Secteur bancaire
7 / 10CENAREF admise au Groupe Egmont le 10 juillet ; les 23 mesures du GAFI sont accomplies. La mission sur site d’août constitue le dernier verrou avant octobre.
Climat des affaires
7 / 10L’ARE a instruit 45 projets énergétiques pour 2,30 milliards USD ; les obligations du Trésor en dollars ont été souscrites à 134,8 % et 121,7 %.
Secteur minier
6 / 10Interdiction d’exporter les concentrés, rendue publique le 6 août, s’ajoutant au régime de quotas ; production de cobalt de Glencore en baisse de 39 % en glissement annuel.
Risque politique
4 / 10Aucune amélioration. Les processus de Washington et de Doha restent au point mort ; offensive du M23 signalée mi-juillet ; l’épidémie d’Ebola se poursuit.
Stabilité monétaire
8 / 10Le franc s’est apprécié de 1,95 % sur le trimestre à environ 2 250 CDF/USD, contrepartie d’un prélèvement de 548 millions USD sur les réserves en juillet.
Confiance des entreprises
6 / 10Aucun indice officiel. Signaux mixtes : forte demande de titres et portefeuille énergétique, contre griefs des miniers sur les quotas et la nouvelle interdiction.
Perspective économique globale
6,8 / 10Les fondamentaux se sont améliorés dans l’ensemble ; l’exécution de la politique minière et l’adéquation des réserves restent les contraintes à surveiller.
Indicateurs clés
Croissance du PIB
5,7 %
Projection 2026
Inflation (GA)
2,9 %
T2 2026
CDF / USD
≈ 2 250
+1,95 % sur le trimestre
Taux directeur
12,5 %
-100 pb le 17 juillet
Réserves
7,72 Md USD
-548 M USD en juillet
Cuivre (LME)
14 370 $/t
6 août ; au-dessus du budget
Le mois à venir
Cinq points de vigilance susceptibles d’infléchir la lecture financière et institutionnelle en août.
- 01Déroulement de la mission sur site du GAFI et tout signal publié, déterminant pour la décision d’octobre.
- 02Données hebdomadaires des réserves de la BCC : poursuite ou non du prélèvement de juillet en août, et publication éventuelle d’une explication officielle.
- 03Statut de la dérogation de Kamoa-Kakula au titre de l’arrêté sur les concentrés, et réaction éventuelle de la Chambre des Mines.
- 04Relevés hebdomadaires d’inflation de l’INS : un dépassement durable de 0,20 % mettrait fin au cycle d’assouplissement.
- 05Progression du Cadre de partenariat-pays de la Banque mondiale, de la consultation vers l’engagement.
Les cinq principales évolutions du mois
La BCC abaisse son taux directeur de 100 pb à 12,5 % et prolonge le cycle d’assouplissement
Fiabilité Élevée17 juillet 2026 · Banque Centrale du Congo ; Radio Okapi ; Zoom Eco
Le Comité de politique monétaire, présidé par le Gouverneur André Wameso, a ramené le taux directeur de 13,5 % à 12,5 % et la facilité de prêt marginal de 17,5 % à 16,5 %. Il a introduit une nouvelle maturité de 252 jours pour les Bons BCC afin de stériliser plus durablement la liquidité bancaire excédentaire, et a maintenu inchangé le coefficient de réserve obligatoire. Le Gouverneur a invité les services publics et les entreprises à épargner et à régler leurs transactions en francs congolais.
Analyse
Il s’agit de la troisième baisse de 2026, portant l’assouplissement cumulé depuis octobre 2025 à 1 250 points de base. Le Comité gère explicitement un corridor de taux réel : avec une inflation projetée proche de 3 %, un taux nominal de 12,5 % laisse encore une marge réelle positive substantielle, de sorte que la baisse relève de la normalisation plutôt que de la relance. La maturité allongée des Bons donne à la BCC un instrument pour drainer la liquidité sans la renvoyer vers le marché des changes. Reste à vérifier si le crédit au secteur privé réagit effectivement ; trois baisses ont pour l’heure produit davantage de gestion de liquidité que de croissance du crédit.
Le Parlement adopte le collectif budgétaire 2026 à 21,9 milliards USD, en repli de 7,4 %
Fiabilité ÉlevéeDébut-mi-juillet 2026 · Sénat ; Zoom Eco ; Reporter.cd ; Une.cd
Le collectif budgétaire, présenté par le Vice-Premier ministre au Budget Adolphe Muzito, a été déclaré recevable par le Sénat le 7 juillet et a achevé son parcours au cours du mois. Il équilibre recettes et dépenses à 50 295 milliards CDF, soit 21,9 milliards USD au taux de 2 290 CDF/USD, contre 54 336 milliards CDF initialement. Les ressources extérieures reculent de 42 % ; les recettes propres progressent de 6,9 %, les recettes courantes étant révisées à la hausse de 14,4 à 15,2 milliards USD. Le texte intègre une première tranche d’eurobond de 650 millions USD et 308 millions USD d’émissions supplémentaires de bons du Trésor.
Analyse
La contraction affichée masque un changement de composition plutôt qu’un budget d’austérité. Les recettes intérieures progressent en valeur absolue comme en part relative, et l’écart est comblé par des instruments de marché plutôt que par des flux concessionnels. C’est à la fois un gain réel de souveraineté budgétaire et une augmentation du risque de refinancement. L’hypothèse de change révisée à 2 290 CDF/USD est désormais proche du marché. La question déterminante pour le second semestre est de savoir si la hausse de 6,9 % des recettes propres résistera à une correction des cours des métaux.
Un arrêté interministériel interdit l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt
Fiabilité ÉlevéeArrêté du 29 juin 2026, rendu public le 6 août 2026 · Reuters ; Ivanhoe Mines ; StoneX ; Sowetan
Un arrêté signé par les ministres des Mines, du Commerce extérieur et de l’Économie nationale interdit l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt. Les dérogations relèvent de la seule appréciation du ministre des Mines pour les opérateurs dont les procédés ou les circonstances techniques et économiques les justifient. Le motif invoqué est d’orienter les opérateurs vers des produits à plus forte valeur ajoutée. Ivanhoe Mines a rappelé qu’une interdiction comparable est appliquée depuis près d’une décennie, avec des dérogations successives pour Kamoa-Kakula.
Analyse
La mesure n’est pas un droit nouveau, mais le retrait du cadre général de dérogation constitue un véritable changement de posture. L’exposition se concentre sur Kamoa-Kakula, qui représentait environ 64 % de la production congolaise de concentrés en 2025, tandis que plusieurs autres sites expédient principalement des cathodes raffinées. Le volume exposé à court terme reste faible et la mise en service de la fonderie de Kamoa désamorce largement la question d’ici la fin de l’année. Le signal de gouvernance demeure toutefois important : les dérogations ministérielles discrétionnaires constituent une prime de risque pour les investisseurs.
La CENAREF est admise au Groupe Egmont
Fiabilité Élevée10 juillet 2026 · Ministère des Finances ; Ouragan.cd ; L’Entrevue
L’assemblée générale du Groupe Egmont, réunie à Bakou du 5 au 10 juillet, a approuvé l’adhésion de la Cellule nationale des renseignements financiers. Cette adhésion ouvre à la CENAREF l’échange direct de renseignement financier avec des cellules homologues de plus de 170 juridictions, facilitant l’identification des bénéficiaires effectifs, des comptes dissimulés, des sociétés-écrans et des avoirs offshore.
Analyse
L’adhésion à Egmont constitue un signal préalable déterminant pour les évaluateurs du GAFI attendus en août et renforce substantiellement le dossier d’un retrait en octobre. Le canal concret est celui de la banque correspondante : l’inscription sur la liste grise renchérit et raréfie la compensation en dollars pour les banques congolaises, tandis qu’une sortie réduirait directement cette friction. Pour un système où le financement du commerce constitue une contrainte déterminante de la croissance du secteur privé, cet enjeu dépasse la portée de nombreuses annonces d’investissement.
Les réserves internationales cèdent 548 millions USD sur juillet pour revenir à 7,72 milliards USD
Fiabilité Élevée2-23 juillet 2026 · BCC, notes de conjoncture ; Zoom Eco ; Reporter.cd ; ACP
Les réserves ont culminé à 8 267,8 millions USD le 2 juillet, avant de revenir à 8 040,8 millions USD le 9 juillet, 7 780,8 millions USD le 16 juillet et 7 719,8 millions USD le 23 juillet. La couverture des importations est passée de 3,07 à 2,97 mois, mettant fin à une séquence au-dessus du seuil symbolique de 8 milliards USD. La BCC n’a publié aucune explication officielle de ce prélèvement.
Analyse
Il s’agit de l’évolution la moins commentée du mois et de celle qui complique le plus un récit par ailleurs favorable. Les réserves s’établissaient à 8 184,6 millions USD à fin juin après une reconstitution trimestrielle de 477,3 millions USD ; un tiers de cette reconstitution a été restitué en trois semaines. Le mécanisme le plus probable est celui de ventes de devises destinées à défendre le franc. Si tel est le cas, la stabilité du change en juillet a été achetée plutôt qu’acquise, et le coût en est visible. L’absence d’explication officielle constitue une lacune de transparence. Une couverture des importations inférieure à trois mois ne constitue pas un seuil de crise, mais elle réduit la marge de sécurité.
